Retour sur la rencontre fablabs, tutos, et DIY

Le lundi 13 juin, le Cube, centre de création numérique situé à Issy-les-Moulineaux, nous accueillait pour une rencontre consacrée aux fablabs, aux tutos et au DIY dans les lieux culturels.

C’est une question extrêmement actuelle : les logiciels de création numérique, les réseaux sociaux ou les plateformes de partage en ligne ont démocratisé des moyens de création et de diffusion autrefois difficiles d’accès. De plus en plus d’établissements se demandent comment utiliser ces outils pour permettre à leurs usagers d’être actifs et créatifs. Cette interrogation rejoint les enjeux qui sont au cœur du mouvement des Makers, qui prône le bricolage comme un moyen de se réapproprier notre quotidien en sortant du statut de simple consommateur. La culture Maker trouve sa concrétisation dans des lieux physiques (fablabs, makerspaces), des événements (make-a-thons, repair cafés) ou des productions en ligne (comme les tutos). Comment les lieux culturels peuvent-ils promouvoir ces pratiques créatives ou s’en inspirer ?

Pour répondre à cette question, trois intervenants nous ont proposé des points de vue à la fois différents et complémentaires.

Claire Bresson, Le projet « Bien fait par eux ! » du Cube

Claire est chargée de projets numériques au Cube. Elle a coordonné le projet « Bien fait par eux ! » aux côtés de Célia Poulot, Coline de Haro et Sadaka Ly. BFPE appartient au programme « Connectons nos écoles » du Cube qui met en place chaque année des projets pédagogiques innovants et créatifs dans des écoles de Grand Paris Seine Ouest.

Le projet de l’année 2015-2016 vise à mettre la culture Makers et la fabrication open source à portée des enfants. La méthodologie adoptée est inspirée du design thinking (une approche que nous avons déjà eu l’occasion de découvrir lors d’une précédente rencontre doc@paris). Les enfants ont été invités à réinventer un élément de leur classe : le bureau, la lampe, les patères, la station de jardinage ou encore la bibliothèque centre de documentation. Ils ont travaillé comme de vrais designer, en utilisant des outils pensés pour eux (les ressources produites par le Cube sont accessibles en ligne). Les enfants ont analysé leurs besoins (en écrivant des lettres d’amour et des lettres de rupture aux objets de leur quotidien), puis ils ont brainstormé avant de réaliser des prototypes avec l’aide des étudiants de l’école de design Strate. Les enfants ont eu des idées géniales, comme une lampe qui permet également de communiquer, ou une bibliothèque IKEA hackée et rendue confortable comme un cocon.

Le plus simple si vous voulez en savoir plus est sans doute de jeter un oeil sur la présentation de Claire et sur l’excellente vidéo qui fait le point sur ce projet…

Thomas Fourmeux, Fablabs et bibliothèques

Thomas est bibliothécaire à Aulnay-sous-bois, il est également membre de la commission Labenbib de l’ABF et il effectue sur son blog Biblionumericus une veille sur la question du numérique en bibliothèque. Thomas a commencé par rappeler brièvement l’histoire des fablabs. Ces lieux de fabrication collaboratifs sont nés au MIT à la fin des années 90. Le principe du fablab est de mettre à disposition du public des outils de fabrication mais aussi de favoriser la diffusion du savoir. C’est un premier point commun avec les bibliothèques qui partagent le même objectif.

Pour Thomas, les liens vont un peu plus loin : les fablabs peuvent être considérés comme un prolongement naturel de certaines collections (comme les fonds d’ouvrages pratiques ou techniques). Les fablabs permettent également d’approfondir l’action des bibliothèques pour démocratiser l’accès au numérique. Le lab constitue un palier supérieur où l’usager n’est plus un simple consommateur mais apprend à créer avec des outils numériques. Enfin, les bibliothécaires ont des savoir faire à apporter aux fablabs, par exemple pour aider les makers à documenter leurs projets et diffuser les connaissances qu’ils produisent. On peut imaginer de riches interactions entre les deux structures, comme l’illustre l’exemple de la médiathèque de Choisy le roi qui entretient des liens étroits avec un hackerpace, le tmp/lab.

Pour passer à la pratique, le groupe Facebook « fablabs en bibliothèque » permet aux professionnels d’échanger sur ces questions et le site de Labenbib propose de nombreux tutos qui permettent de mettre en place en bibliothèque des ateliers inspirés du monde des fablabs.

https://i2.wp.com/habilomedias.ca/sites/mediasmarts/files/images/litteratie-numerique.gif

Les différents outils, ateliers et activités inspirés des fablabs permettent de dépasser le premier palier de la littératie numérique (l’accès) pour passer à l’utilisation, la compréhension et la création.

La présentation de Thomas est consultable en ligne ici.

Béatrice Guillier, Le phénomènes des tutos

Pour finir, l’intervention de Béatrice Guillier nous a permis de prendre un peu de recul pour examiner les pratiques des nouveaux usagers créatifs du web.

Béatrice est actuellement en Master 2 à l’EHESS. Elle travaille sur une thèse consacrée au phénomène des tutos en ligne, en particulier les tutos DIY qui sont réalisés par des jeunes filles pour parler de maquillage, de décoration, de loisirs créatifs… Ces youtubeuses que certains médias dépeignent comme des jeunes femmes narcissiques s’inscrivent en fait dans une longue tradition de transmission féminine des savoir-faire : échange mère-fille, ateliers de couture, magazines féminins, etc. Autodidactes, elle construisent un espace d’échange de savoirs horizontal qui joue aussi un rôle dans la construction d’une certaine identité féminine (leur public est souvent composé de pré-adolescentes légèrement plus jeunes qu’elles).

Comme d’autres youtubeurs, les youtubeuses DIY illustrent la « prise de pouvoir des amateurs » qui suscite parfois une véritable panique morale chez les médias et les autorités intellectuelles légitimes. Plusieurs théoriciens ont forgé des néologismes ou des mots valises pour désigner ces nouveaux acteurs du web, comme pro-sumer (à la fois producteur et consommateur) ou pro-am (à la fois professionnel et amateur). L’amateurisme – parfois la maladresse – revendiquée des youtubeuses DIY a un sens : tout le monde peut créer, on a le droit à l’erreur, au tâtonnement, on peut et on doit partager des savoirs et des savoir-faire, mêmes imparfaits…

Le texte de l’intervention de Béatrice est en ligne sur son carnet de recherche, n’hésitez pas à le consulter ou à jeter un œil sur sa présentation ci-dessous.

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La rencontre était suivie d’une visite des espaces du Cube. Nous adressons tous nos remerciements au Cube et à Claire Bresson pour leur accueil !

Compte-rendu rédigé par Nicolas.

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